mercredi 23 août 2017

Adelina Patti refuse l'invitation du Roi Louis II de Bavière

Une photo munichoise de 1860 par Franz Hanfstaengl
La soprano colorature Adela-Juana-Maria dite Adelina Patti fut une cantatrice italienne  née le 10 février 1843 à Madrid et morte le 27 septembre 1919 au château de Craig-y-Nos au Pays de Galles. Surnommée La Patti, elle interprète principalement les grands rôles de l'opéra italien mais aussi de l'opéra français. Vocalisant avec une « extrême agilité » et dotée d'une émission d'une « égalité parfaite » et d'un timbre « admiré pour sa richesse autant que pour sa clarté », sa voix s'étendait du do au contre-fa (fa5).

Le Roi Louis II de Bavière aurait voulu l'engager pour une représentation privée ("Separatvorstellung") et lui aurait envoyé un télégramme à cet effet. La célèbre soprano colorature refusa la proposition royale au motif qu'elle ne pouvait chanter que devant des salles pleines et que, si elle devait se trouver seule à seul face au Roi, aucun son ne sortirait de sa gorge.

Ce fut sans doute la seule cantatrice qui se refusa au Roi.

mardi 22 août 2017

Der viel umstrittene König-Ludwig-Film

 


Un article paru dans le Illustrierter Sonntag (Der gerade Weg) du 09.03.1930 (page 8) avec pour titre le "Le Roi Louis, un film très contesté". Des associations bavaroises avaient en effet voulu faire interdire ce film muet de Dieterle, sans succès.

Quand Richard Wagner et Friedrich von Flotow faisaient la une du Monde illustré en février 1883



Friedrich von Flotow est décédé le 24 janvier 1883, Richard Wagner le 13 février, c'est ce qui justifie sans doute la publication de leur portrait commun en première page de cette édition du Monde illustré du 24 février 1883.

Pygmalion, un spectacle de Christophe Rousset et Natalie van Parys au Festival de musique ancienne d'Innsbruck

Le Festival de Musique ancienne d'Innsbruck a mis à son programme le spectacle Pygmalion de Christophe Rousset et de son ensemble les Talens lyriques dans une mise en scène et avec les chorégraphies de Natalie van Parys exécutées par les Cavatines, un ensemble de ballet qui s'est fait une spécialité du répertoire chorégraphique baroque. Le spectacle fut coproduit par les Musikfestspiele Potsdam Sanssouci 2016 et le Centre de musique baroque de Versailles en coopération avec les Innsbrucker Festwochen der Alten Musik.

Ce spectacle nous entraîne au coeur du théâtre musical français en présentant pour la première fois dans l'histoire du festival tyrolien un Acte de ballet, cette courte pièce (en un acte) de divertissement qui combine spectacle et musique avec pour sujet une intrigue amoureuse et souvent tirée de la mythologie, dont Jean-Philippe Rameau fut un des compositeurs les plus célébrés qui, par ses idées, créa un nouveau style de ballet. Le spectacle nous entraîne dans la France de la première moitié du 18e siècle, avec, en entrée des compositions de  Louis-Nicolas Clérambault et de Jean-Féry Rebel.

Ce spectacle au programme si alléchant n'a cependant pas tenu toutes ses promesses: si Christophe Rousset et ses Talens lyriques rendent de manière précise et inspirée  la beauté lyrique et la théâtralité musicale des danses du 18e siècle , la mise en scène et le chant n'étaient pas vraiment au rendez-vous, à l'exception notable du Pygmalion d'Anders J. Dahlin.

La Muse de l'Opéra (Chantal Santon-Jeffery) © Innsbrucker Festwochen / Rupert Larl

Une cantate de Louis-Nicolas Clérambault ouvre la soirée, interprétée par Chantal Santon-Jeffery qui incarne la Muse de l'Opéra. Le fort beau décor d'Antoine Fontaine présente au centre de la scène un trône allégorique baroque, animé de personnages qui  font partie intégrante de l'édifice et s'en détachent pour danser, avant de rejoindre leurs places de figurations. La Muse de l'Opéra chante et figure tout à tour les diverses facettes de l'opéra. Le trône se trouve au centre d'une construction hémicirculaire qui rappelle l'architecture de jardins baroques, comme celle de certains bosquets des jardins du château de Versailles. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres car la chanteuse fait montre de telles faiblesses d'articulation et de projection que le  texte en devient incompréhensible et qu'il faut essayer malgré la pénombre de se plonger dans le livret pour comprendre le sens de ce qui est chanté. Le manque de présence scénique, une théâtralité empruntée, jouée plutôt que ressentie, et des problèmes de justesse ajoutent à la pénibilité. Tout le spectacle repose sur les épaules de la chanteuse qui n'a ni le talent lyrique ni la carrure de grande tragédienne qu'il faudrait pour rendre les beautés partition. Les faiblesses de la mise en scène sont patentes avec par exemple ces voiles un peu dérisoires que les danseurs agitent pour figurer un orage ou une tempête. Restent la musique que Christophe Rousset dirige avec entrain et vigueur,  la joliesse des décors et la beauté des costumes d'Alain Blanchot, mais cela ne parvient pas  à sauver la partie. 

Les Caractères de la danse, une fantaisie de Jean-Féry Rebel datant de 1715, est dansée sans décors sinon une toile peinte de fond de scène. Ce sont ici les robes rouges qui ressemblent quelque peu à celles des moines bouddhistes ou des derviches tourneurs qui attirent le regard. Les danseurs que la chorégraphe fait souvent sautiller  interprètent des danses stylisées, menuet, bourrée, gigue ou gavotte, dont on perçoit l'origine paysanne, sans susciter l'enthousiasme et c'est encore la fosse d'orchestre qui sauve la partie, tant le propos scénique paraît faible.

Les touristes et néo-hippies de luxe de Pygmalion© Innsbrucker Festwochen / Rupert Larl

La seconde partie permet de découvrir le Pygmalion de Jean-Philippe Rameau, ce premier "Acte de ballet" qui fut  pour la première fois exécuté par L'Académie royale de musique en août 1848. Rameau et son librettiste Sylvain Ballot de Sauvot donnent une nouvelle vie au  mythe de Pygmalion, ce sculpteur tombé amoureux de sa statue Galatée, qui finit par la seule puissance de l'amour de son créateur à s’animer et se met à danser la sarabande. Pygmalion offrait un beau sujet antique, mais voilà, Natalie van Parys en a décidé autrement et a choisi de promener des danseurs costumés en touristes estivaux ou en groupe excursionniste scolaire en bermudas et salopettes dans les décors à pans de coulisses arborés et ornés de statue d'un beau parc baroque au centre duquel se trouve un temple monoptère avec la statue de Galatée. Le sculpteur Pygmalion habillé en néo-hippie façon Versace, les bras fameusement tatoués, ne trouve pas l'amour en Céphise, ce qui irrite au plus haut point la jeune femme aux charmes de laquelle il reste insensible. Il s'est épris de la statue qu'il vient d'achever à un point tel qu'Amour décide de faire un miracle et de donner vie à la statue. La metteure en scène Natalie van Parys, en déplaçant le propos à l'époque contemporaine, insiste sans doute sur l'universalité temporelle de la légende. Mais n'est-ce pas en soi le propre d'un mythe, et était-il besoin de le rappeler alors que la cohérence du programme de la soirée se situe clairement dans la première moitié du 18e siècle? C'est encore la musique et le chant qui cette fois sauvent la partie, avec la belle interprétation du ténor suédois Anders J. Dahlin, un haute-contre à la française mais dont on n'entendit pas vraiment la voix de tête. De jolis aigus qui semblent jaillir sans forcer et une grande agilité dans la colorature, une stature de grand adolescent dégingandé et une  présence scénique fort décontractée font le charme de ce chanteur baroque. Sa longue collaboration avec Christophe Rousset est aussi un maître atout, et sa belle prestation en parfaire osmose avec l'orchestre finissent par emporter l'adhésion et par sauver les meubles de cette soirée découverte desservie par une mise en scène et des chorégraphies qui ne sont pas parvenues à rejoindre rejoint le niveau d'excellence de l'orchestre et de son chef.

lundi 21 août 2017

Wagner en France, une caricature allemande reproduite dans Le Monde artiste en avril 1911

Voici comment l'hebdomadaire parisien Le Monde artiste "célébrait" dans son édition du 8 avril 1911 le cinquantenaire de la première de Tannhäuser à Paris

"Au moment, où de Brillantes reprises à l'Opéra des oeuvres de l'illustre compositeur précèdent les représentations si impatiemment attendues de la Tétralogie, il nous a paru intéressant de reproduire un amusant dessin allemand, qui montre Wagner stupéfait de se voir interprété à Paris. On verra d'ailleurs, par la note qui est consacrée au cinquantenaire de Tannhaüser, que ce premier accueil fait par Paris au génial musicien fut un peu frais." (page 2)

in Le Monde artiste, Paris, 8 avril 1911 (page 6)


"LE CINQUANTENAIRE DE TANNHÄUSER.

Il y a eu ces jours-ci cinquante ans que les abonnés de l'Opéra huèrent Tannhäuser.

Il serait injuste de faire supporter a ces pauvres abonnés toute l'ignominie de leur verdict. Et il est curieux de rappeler aujourd'hui ce que des esprits « très distingués » ont osé penser et écrire à propos de cette oeuvre, pensées et écrits qui les ravalent au dessous de ces fameux abonnés.

Nous trouvons dans une des lettres de Berlioz (écrite le 2 janvier 1861), des phrases de ce goût : 
« Tannhäuser, c'est l'école du charivari !... Ah, dieu du ciel, quelle représentation ! Quels éclats de rire ! On a ri du mauvais style musical, on a ri des polissonneries et de l'orchestration bouffonne... Quant aux horreurs, on les a sifflées splendidement !... »

Schumann, l'illustre musicien, qui se croyait surtout un critique impeccable, a trouvé ce même Tannhäuser « bien trivial ». Il déplore le goût artistique de son époque, qui ose comparer les chefs d'oeuvre de l'art dramatique allemand avec les productions Wagnériennes « musique d'amateur, sans signification et d'un caractère rebutant » (lettres à Dorn, janvier 1846 et 1853).

Et le bon Liszt qui trouvait Schumann plutôt « indulgent dans ses articles ! ».

Mais continuons, la revue des jugements formulés par des esprits très distingués. Prosper Mérimée a écrit : « Il me semble que je pourrais composer quelque chose de semblable, en m'inspirant de mon chat marchant sur le clavier d'un piano ».

Paul de Saint-Victor signait cet arrêt dans la Presse : « Obscurité compacte et pesante. Vacarme discordant qui ne parvient qu'à dissimuler les plus grossiers fracas des tempêtes physiques ».

Le Figaro prononçait cette autre arrêt sous la signature de Jouvin : « C'est un infini grisâtre où l'on entend le morne claplotement des sept notes de la gamme qui tombent jusqu'à la fin de ta partition. »

Oscar Comettant avait donné cette formule lapidaire dans son journal l'Art Musical : « M. Wagner a cru faire une révolution: il n'a fait qu'une émeute ».

Enfin, comme conclusion, Auber,le compositeur à qui l'on a fait une réputation d'homme d'esprit dissait :

— Comme ce serait détestable, si c'était de la musique !

Manière forte et manière rosse, cela se pratique encore de nos jours, fort heureusement d'ailleurs pour les gens curieux qui, dans cinquante ans, feront la revision de nos jugements contemporains. " (pp. 15 et 16)

dimanche 20 août 2017

San Giovanni Battista de Stradella, un oratorio aux allures d'opéra au Festival de musique ancienne d'Innsbruck

Arianna Venditelli (Salomé) © Perktold

San Giovanni Battista, un oratorio d'Alessandro Stradella créé en 1675 est une oeuvre de musique sacrée  dont la sensualité et la puissance d'expression dramatique peu communes confinent aux modes d'expression de l'opéra. Si le titre de l'oeuvre évoque une personnalité centrale de l'histoire du Christ, celle de la Voix qui crie dans le désert pour préparer la venue de l'Eternel, c'est pourtant le personnage envoûtant et terrifiant de Salomé qui constitue le centre et le moteur véritables de l'action et qui en alimente la théâtralité.

Pour l'édition 2017 du Festival de musique ancienne, Alessandro De Marchi et son Academia Montis Regalis reviennent à Innsbruck avec cette oeuvre que le directeur musical apprécie particulièrement et qu'il avait déjà enregistrée en 2007 chez Hypérion.  La Cathédrale Saint-Jacques d'Innsbruck (en allemand "Dom zu St. Jakob") où est donnée l'oeuvre lui convient particulièrement avec la richesse de son décor baroque luxuriant datant du 18e siècle. 

Pour recréer le contexte historique de l'oratorio, De Marchi a eu l'idée d'introduire un prêche de l'époque, déniché dans la Bibliothèque vaticane, et traduit en allemand, auquel le comédien Florian Huber, dûment costumé en prédicateur, a su donner les accents d'une conviction sincère. De Marchi a de plus habilement  étoffé l'oeuvre de Stradella en l'ornementant de parties symphoniques empruntées à  Lelio Colista et Carlo Ambrogio Lonati, ajoutant les plaisirs du concert à ceux de l'oratorio.

(de g. à dr.) Emilie Renard, Lawrence Zazzo, Arianna Venditelli,
Fernando Guimarães et Luigi Di Donato © Wieser

L'oratorio exige des interprètes de qualité, si nombreux y sont les airs de bravoure qui exigent maîtrise de la technique et virtuosité. Le rôle titre a été confié à l'excellent contre-ténor américain Lawrence Zazzo qui impressionne tant par la beauté de son timbre que par le contrôle de l'émission vocale et la grande délicatesse de son interprétation: il donne un Jean-Baptiste éthéré, détaché des choses de ce monde et qui oppose la douceur de sa foi aux profanations et aux déferlements d'une sensualité criminelle. Luigi Di Donato incarne un Hérode sculptural avec une basse magnifique, puissante et profonde, et un art confondant de la vocalise, remarquable aussi dans l'expression émotionnelle de l'évolution de son personnage qui passe du désir incoercible au doute puis au repentir. On reste admiratif devant son expression de la colère, que son personnage qualifie de jupitérienne. Fernando Guimarães donne par contre un Consigliero un peu terne qui manque de corps et de consistance. La mezzo franco-britannique Emilie Renard séduit en Hérodiade avec une clarté du timbre, une justesse et un art de la colorature qui semblent couler de source mais qui sont  le résultat d'une maîtrise technique exceptionnelle.


Arianna Venditelli remporte toutes les palmes pour l'incroyable virtuosité et la sensibilité exquise de son interprétation du rôle de Salomé. C'est un ravissement et une découverte de tous les instants du travail  minutieux, filigrané d'une interprétation d'une finesse musicale et d'une intelligence émotionnelle rares. La jeune chanteuse, couronnée du prix du public au Concours Cesti 2015, apporte dans son bagage sa connaissance de l'oeuvre de Stradella qu'elle a déjà pratiquée avec MareNostrum pour un enregistrement du San Giovanni Crisostomo. Son étude de la partie de Salomé lui permet d'aborder le rôle quasi de mémoire et d'entrer plus avant dans l'expression dramatique. D'entrée de rôle, dans le "Sorde dive", elle séduit par ses vocalises cristallines dans la répétition colorature de "e il mio re non m'ama più", chanté avec un libertinage charmeur, d'une ingénuité qui ne laisse pas encore présager la rançon abominable qu'elle exigera plus tard d'Hérode. Arianna Venditelli semble  dans ses modulations utiliser l'acoustique particulière de la coupole de Saint Jacques pour démultiplier sa voix  par des effets d'écho, et en déployer les couleurs comme lorsque un arc en ciel s'empare de la surface d'une perle pour en dévoiler et y faire danser l'orient.  S'il n'y a pas à proprement parler de danse de Salomé dans l'oratorio de Stradella, c'est dans le travail de la voix que l'on pourra retrouver la sensualité séductrice de la danse. Plus tard lorsque les terribles exigences de Salomé se font jour, la chanteuse fera montre de ses dons de grande tragédienne baroque, avec des facilités et des montées en puissance dans l'aigu, impressionnantes en fin de colorature. Elle est tout aussi remarquable dans les duos, spécialement dans les deux duos avec Luigi Di Donato, le premier marquant encore l'accord serein de la séduction, et le second, qui est aussi le final de l'oeuvre, séparant les deux amants dans l'approche du crime qui les unit, le triomphe fou de Salomé s'exprimant sur une même musique que le martyre et les tourments qui se sont emparés d'Hérode. L'oeuvre se termine sur une terrible interrogation qui la couronne de sa note tragique: "E perché, dimmi, e perché?", une question bouleversante d'actualité qui nous rend peut-être le répertoire baroque si proche.

Alessandro De Marchi, les musiciens de l'Academia Montis regalis et les chanteurs, ont été remercié d'une immense et longue standing ovation.

Pour suivre la carrière d'Arianna Venditelli, consultez le site de la chanteuse