mercredi 26 juillet 2017

Sophie Charlotte in Bayern fait la une du Stadtfraubas

La fiancée du Roi (31 janvier 1867)

La plus belle rose du lac (7 février 1867)


Louis II de Bavière en uniforme. Photo carte de visite.


Philatélie DDR. Wilhelmine Schroeder-Devrient d'après le tableau de Carl Joseph Begas

Timbre de la poste allemande (Allemagne de l'Est), 1967



-Devrient, Wilhelmine Hambourg 6.12.1804 – Cobourg 26.1.1860.
Huile sur toile, 1848, von Carl Joseph Begas (1794–1854).
126 × 98 cm.
Dresden, Staatliche Kunstsamlungen Dresden, Galerie Neue Meister.

La soprano allemande fit l'admiration de Richard Wagner qui écrivit pour elle le rôle travesti d'Adriano dans Rienzi, celui de Senta dans le Vaisseau fantôme et celui de Venus dans Tannhaüser. Elle crée les trois respectivement en 1842, 1843 et 1845.

Citations du couple Wagner
  • „Daß so etwas, wie die Darstellung dieses Schweizermädchens, nicht als Monument allen Zeiten erkenntlich festgehalten und überliefert werden kann, muß ich jetzt noch als eine der erhabensten Opferbedingungen erkennen, unter welchen die wunderbare dramatische Kunst einzig sich offenbart, weshalb diese, sobald solche Phänomene sich kundgeben, gar nicht hoch und heilig genug gehalten werden kann.“ – Richard Wagner: Mein Leben (über Schröder-Devrient als Emmeline in Weigls Schweizer Familie 1835 in Nürnberg)
  • „Sie hatte gar keine Stimme, aber sie wußte so schön mit ihrem Atem umzugehen und eine wahrhaft weibliche Seele durch ihn so wundervoll tönend ausströmen zu lassen, daß man darüber weder an Singen noch an Stimme dachte.“– Richard Wagner
  • „Ich glaube auch, daß mit der Schröder-Devrient die letzte Darstellerin der Leonore verschied. Sie hatte ja Beethoven gekannt und hatte vielleicht von ihm Worte über die Treue des Weibes vernommen!“– Cosima Wagner: Brief an H. S. Chamberlain, 18. Dezember 1895

mardi 25 juillet 2017

Une amitié franco-bavaroise: Louis II et Louis XIV


Carte postale ancienne 
Gruss vom Kögl. Schloss Herrenchiemsee

Festival d'opéra de Munich: un Obéron plus grotesque que féerique

Brendell Gunnell (Huon de Bordeaux), montreurs de marionnettes (ici la
marionnette d'Obéron) et extra choeur du Bayerische Staatsoper.
Au fond, la silhouette de Bagdad.

"Obéron est [...]du domaine des féeries souriantes, gracieuses, enchanteresses. Le surnaturel dans Obéron se trouve si habilement combiné avec le monde réel, qu’on ne sait précisément où l’un et l’autre commencent et finissent, et que la passion et le sentiment s’y expriment dans un langage et avec des accents qu’il semble qu’on n’ait jamais entendus auparavant."

C'est du moins ce qu'en exprimait Hector Belioz après avoir assisté à la première de l'Obéron parisien de 1857. 160 ans ont passé, et on a peine à le croire en assistant la représentation du Bayerische Staatsoper qui transforme Obéron en une grosse farce satirique et fait une part plus belle au théâtre qu'à l'opéra. Le dernier opéra du malheureux Carl Maria von Weber qui, affaibli par la tuberculose, était encore parvenu à réviser la partition et à adapter le livret pour en donner une version allemande, l'opéra ayant été composé en anglais pour le public londonien. Weber meurt à 39 ans de tuberculose et ne connaîtra pas la première allemande de son dernier opéra donnée à Leipzig en décembre 1826, six mois après la mort du compositeur romantique.

Il est certes audacieux de s'attaquer à la production d'un opéra qui ressort davantage d'une pièce de théâtre entrecoupée de passages chantés et dont le livret basé sur le poème de Christoph Martin Wieland  tient tellement du salmigondis qu'on peut à juste titre se demander ce que Berlioz avait bien pu voir et apprécier le soir de la première parisienne. Le jeune metteur en scène Nikolaus Habjan ne semble pas s'être longuement attardé sur la question et s'est emparé du sujet pour le mettre au service de son théâtre de poupées de ventriloques surdimensionnées. Il transpose la féerie romantique dans un laboratoire de savants fous des années soixante: la question de savoir si la fidélité en amour relève du possible dont débattent Obéron et Tatiana n'est plus traitée par la magie mais par les moyens d'expérimentations pseudo-médicales à base de tests de Rorschach, d'usage de psychotropes, de prélèvements sanguis, d'électro-chocs ou d'analyses électro-magnétiques. On est dans le monde de la grosse farce burlesque. Les chanteurs doivent d'abord se transformer en comédiens, ce qui n'est sans doute pas leur premier métier. Viennent si adjoindre trois vrais comédiens, Manuela Linshalm, Daniel Frantisek Kamen et Sebastian Mock, qui incarnent les Pucks et qui se révèlent d'excellents manipulateurs de poupées ventriloques. Une fois que l'on est parvenu à avaler l'énorme pilule de la soirée qu'est le détournement d'un opéra romantique, on peut se mettre à apprécier le travail de ces comédiens et leurs drôleries. Les poupées sont quant à elles très réussies. Le décor de Jakob Brossmann représente un gigantesque laboratoire cerné de grands ordinateurs aux multiples lampes clignotantes d'avant la miniaturisation. Le metteur en scène, qui trouve que "le théâtre de marionnettes est en soi quelque chose de très musical", n'a pas vraiment  fait dans la dentelle. Les décors semblent réalisés à l'économie, ainsi de ce silhouettage d'un Bagdad de conte de fées porté par des roues de bicylettes, ou ces vagues kanagawesques à la Hokusai sensées représenter la tempête et auxquelles Rezia s'accrochera avec une emphase burlesque. Les costumes de Denise Heschl, très réussis, participent du projet, ainsi des uniformes aux manteaux gonflés des elfes, aux coiffures en bol très années 60, ou des corsages de gros seins nus aux tétons rougis du choeur des naïades.

 Annette Dash (Rézia), Brenden Gunnell (Huon de Bordeaux),
Rachael  Wilson (Fatime) et Johannes Kammler (Scherasmin)
Crédit photographique: Wilfried Hösl

Le problème de la farce tient précisément à ce qui fait son succès dans d'autres circonstances, c'est-à-dire dans les répétitions. Ce qui fonctionne au cirque dans les numéros des Augustes et des clowns n'est pas transposable à l'opéra; repasser les mêmes plats à la même sauce pendant plus de trois heures finit par écoeurer. Une partie du public s'éclipse d'ailleurs discrètement à l'entracte. L'option de la satire outrancière ôte aussi au pouvoir magique de la musique et du chant. Ivor Bolton, dont on connaît par ailleurs l'immense talent, et l'excellent orchestre ne parviennent pas véritablement à connecter la fosse à la scène ni à installer la "grâce exquise et étrange" de "cette musique essentiellement élogieuse" au "parfum subtil" (les mots sont de Berlioz). Comment en effet parvenir de la fosse à entretenir des "rapports intimes et charmants" avec  ce qui se passe sur la scène? Le hiatus est par trop grand. Les chanteurs doivent investir beaucoup de leur énergie à jouer les comédiens burlesques et à donner dans l'emphase. Tenant la partie d'Obéron, un rôle-titre qui est loin d'être le rôle principal, Julian Prégardien paraît sous-employé tout en nous réservant de très beaux moments. Annette Dash n'a qu'un contrôle approximatif du rôle de Rézia, principalement dans la tenue des aigus forcés et parfois quasi criés de la première partie. Son jeu théâtral est par contre parfait d'exagération et en parfaite adéquation avec les visées de la mise en scène. Malgré la partie qu'on lui fait jouer, elle rend avec beaucoup de finesse et de subtilité les mélodies tant qu'elle reste dans le registre médiant. Son chant de bravoure a davantage de consistance en deuxième partie. Brenden Gunnen dans son interprétation de Huon de Bordeaux ne parvient pas à charpenter son rôle ni à en exprimer la dimension héroïque, mais il est vrai que la composition caricaturale du personnage n'y prête pas. Le rôle exige théoriquement des qualités de maîtrise de la ligne de chant et de la facilité dans l'aigu et un physique de jeunes premier, mais ces qualités ont été oubliées dans la conception farceuse qu'en a voulu donner la mise en scène. Les rôles secondaires sont tenus avec plus de bonheur, ainsi de la délicieuse Fatime de Rachael Wilson, qui appartient à la troupe du Bayerische Staatsoper depuis la saison dernière, et du Scherasmin de Johannes Kammler, une valeur montante de l'Opéra Studio munichois.

La production est  diffusée le 30 juillet à partir de 18 heures en live-stream par la STAATSOPER.TV

Posts précédents sur le sujet, la première parisienne d'Obéron en 1857: cliquer ici et ici. 

lundi 24 juillet 2017

Il y a 160 ans: la première d'Oberon de Weber à Paris (2)

Obéron dans les chromos Liebig, Acte I, scène 6

A l'heure où le Bayerische Staatsoper de Munich met en scène Oberon de Weber comme deuxième nouvelle grande mise en scène de son festival d'été, nous avons recherché quelle fut la réception parisienne de l'oeuvre lors de la première parisienne de 1857, trente ans après celle de Londres (1826). Voici un extrait de l'analyse de l'Oberon par le compositeur et critique français Hector Berlioz.

Quand Berlioz résumait Obéron

Ce résumé de  l'Obéron de Weber est dû à la belle plume d'Hector Berlioz qui le publia en seizième chapitre de son A travers chants*, un chapitre intitulé Obéron, opéra fantastique de Ch.M. Weber, sa première représentation au Théâtre lyrique. Nous en extrayons le résumé:

[...]Voici ce dont il s’agit dans cette féerie. Obéron, le roi des génies, aime tendrement sa reine Titania. Pourtant ces deux époux se disputent souvent. Titania s’obstine à soutenir la cause des femmes coupables (sans doute en souvenir de ses étranges amours avec le savetier Bottom. Un savetier qui porte une tête d’âne et qui s’appelle Bottom !... Je ne vous dirai pas ce que signifie ce nom anglais. Cherchez. Lisez le Songe d’une nuit d’été. L’ironie de Shakspeare a dépassé là de cent coudées celle des plus terribles railleurs). Obéron défend la cause des hommes plus ou moins injustement trompés. Une belle nuit d’été, la patience lui échappe, et il se sépare de Titania en jurant de ne jamais la revoir. Il lui pardonnera seulement, si deux jeunes amants, épris l’un pour l’autre d’un amour chaste et fidèle, résistent à toutes les épreuves où pourront être soumises leur constance et leur vertu. Clause bizarre, car enfin les belles qualités quelconques d’un couple humain ne font rien aux mauvaises qualités de sa féerique majesté la reine Titania, et je ne vois pas ce que le roi des génies pourra gagner, en reprenant sa femme, au triomphe de la vertu de deux étrangers. Mais tel est le nœud de la pièce. Obéron a pour génie familier un petit esprit gracieux, doucement malicieux, espiègle sans méchanceté, adorable, charmant (du moins tel est le lutin de Shakspeare) qui se nomme Puck. Puck voit son maître triste et languissant. Il veut le réunir à Titania ; il sait à quelles conditions il y parviendra. A l’œuvre donc. Il a découvert en France un beau chevalier, Huon, de Bordeaux ; à Bagdad, une ravissante princesse, Rezia, fille du calife, et à l’aide d’un songe qu’il envoie simultanément à chacun d’eux, il les rend épris l’un de l’autre. Déjà Huon est en marche par monts et par vaux à la recherche de la princesse qu’il adore. Une bonne vieille qu’il rencontre au milieu d’une forêt lui apprend que Rezia habite Bagdad, et propose au chevalier et à son écuyer Chérasmin de les y transporter en une minute, si Huon veut jurer de rester toute sa vie fidèle à sa bien-aimée, et de ne pas lui demander la plus légère faveur jusqu’au moment de leur union. Huon prononce le double serment. Aussitôt la vieille se change en un gracieux esprit. C’est Puck qui reprend sa forme. Obéron survient, confirme les paroles de Puck, et nos voyageurs sont tout d’un coup transportés à cinq cents lieues de là, dans les jardins du harem du calife de Bagdad. Rezia y pleure l’absence de son chevalier inconnu et se désespère d’un mariage odieux auquel son père veut la contraindre. En promenant ses langueurs dans le jardin du palais, elle rencontre les nouveaux débarqués ; dans l’un d’eux elle reconnaît le chevalier de son rêve : « O bonheur, c’est donc vous ? — Je vous adore. — Je vous sauverai. — Revenez ce soir. Quand l’iman appellera les croyants à la prière, je serai là et nous concerterons tout pour notre fuite. » Le soir, en effet, nos amants se retrouvent, mais les gardes du palais saisissent les deux étrangers, les jettent en prison et le calife ordonne leur mort. La puissance surnaturelle d’Obéron vient à leur aide ; ils sont libres ; ils enlèvent de vive force un léger navire sur lequel Aboukan (le mari imposé à Rezia) venait chercher sa fiancée, Rezia reparaît avec sa suivante Fatime, ils partent tous les quatre.

Et vogue la nacelle qui porte leurs amours.

Hélas ! la chair est faible, et longs sont les ennuis de la navigation. On conçoit que deux amants, tels que les nôtres, enfermés dans un étroit navire, puissent avoir quelque peine à contenir l’élan de leurs pensers d’amour. Obéron lit dans le cœur du chevalier, et furieux des désirs qu’il y découvre, il se résout à le séparer de Rezia. « Souffle, tempête, bouleverse l’Océan, que le vaisseau périsse ! » Les vents accourent, Eurus, et Notus, et Borée, et vingt autres, suivis des esprits du feu, des météores, etc.

La nuit noire s’étend sur les eaux. Rezia est jetée seule sur un rocher, un autre écueil reçoit Fatime et Chérasmin. On ne sait ce qu’est devenu le chevalier. Les naufragés ne sont pas au bout de leurs peines. Pris par des pirates barbaresques, ils sont conduits sur la côte d’Afrique et vendus au bey de Tunis. Rezia est exposée aux honneurs du harem ; elle a inspiré une passion violente au bey. Les deux autres amants (car Chérasmin et Fatime ont fini, eux aussi, par s’aimer d’amour tendre) sont plus heureux ; ils n’ont point été séparés et leur tâche d’esclave se borne à cultiver l’un des jardins de Sa Hautesse.

L’eunuque Aboulifar leur apprend la révolution qui va s’accomplir dans le harem, c’est-à-dire la déchéance de l’ancienne favorite et l’élévation de Rezia.

Mais Rezia repousse avec mépris les hommages du bey, elle restera fidèle jusqu’à la mort à son chevalier. Puck, faisant habilement valoir cette noble constance, obtient d’Obéron qu’une dernière et solennelle épreuve soit accordée au chevalier. Le roi des génies y consent. Aussitôt Puck repêche quelque part le pauvre Huon et le transporte dans le jardin du bey de Tunis. Et nous le voyons entouré d’une foule de houris, toutes plus ravissantes les unes que les autres, qui dansent, qui chantent, qui l’enlacent dans leurs bras, le brûlent de leurs œillades, le dévorent de leurs sourires... Vains efforts, Huon résiste aux séductions ; il aime Rezia, il n’aime qu’elle, il lui restera fidèle. Survient le bey qui, trouvant un étranger au milieu de ses femmes, ordonne son empalement immédiat. On va procéder à cette opération. Mais l’épreuve des amants a été décisive : l’amour a triomphé ; Obéron est satisfait. Son cor enchanté se fait entendre, et aussitôt le bey, le chef des eunuques, les gardes du harem, tout le harem de céder à une impulsion irrésistible qui les force de danser, de pivoter comme des derviches tourneurs, de tourbillonner enfin dans un mouvement de rotation de plus en plus rapide, sous l’influence de plus en plus vive et impérieuse de l’impitoyable cor ; jusqu’à ce que, sur un coup de tamtam, cette foule étourdie tombant à terre à demi-morte, Obéron, sa belle Titania et leur fidèle Puck s’élèvent au ciel dans une gloire. Et le roi des génies s’adressant aux amants : « Vous êtes restés fidèles l’un à l’autre, vous avez résisté à toutes les séductions, soyez heureux ! Retourne en France, Huon ; va présenter à la cour ta Rezia ; ma protection t’y suivra. » [...]

*Berlioz, Hector, A travers chants, librairie de Michel Lévy Frères, Paris, 1862

Photo cdv d' Anna von Hessen-Darmstadt, une amie de jeunesse du Roi Louis II de Bavière






Photographie au format carte de visite (au verso avec cachet Cassel). Collection privée (tous droits réservés)

Pour lire un article de présentation de l'amitié entre le Roi Louis II de Bavière (alors Prince héritier) et Anna de Hesse-Darmstadt, cliquer ici