lundi 21 août 2017

Wagner en France, une caricature allemande reproduite dans Le Monde artiste en avril 1911

Voici comment l'hebdomadaire parisien Le Monde artiste "célébrait" dans son édition du 8 avril 1911 le cinquantenaire de la première de Tannhäuser à Paris

"Au moment, où de Brillantes reprises à l'Opéra des oeuvres de l'illustre compositeur précèdent les représentations si impatiemment attendues de la Tétralogie, il nous a paru intéressant de reproduire un amusant dessin allemand, qui montre Wagner stupéfait de se voir interprété à Paris. On verra d'ailleurs, par la note qui est consacrée au cinquantenaire de Tannhaüser, que ce premier accueil fait par Paris au génial musicien fut un peu frais." (page 2)

in Le Monde artiste, Paris, 8 avril 1911 (page 6)


"LE CINQUANTENAIRE DE TANNHÄUSER.

Il y a eu ces jours-ci cinquante ans que les abonnés de l'Opéra huèrent Tannhäuser.

Il serait injuste de faire supporter a ces pauvres abonnés toute l'ignominie de leur verdict. Et il est curieux de rappeler aujourd'hui ce que des esprits « très distingués » ont osé penser et écrire à propos de cette oeuvre, pensées et écrits qui les ravalent au dessous de ces fameux abonnés.

Nous trouvons dans une des lettres de Berlioz (écrite le 2 janvier 1861), des phrases de ce goût : 
« Tannhäuser, c'est l'école du charivari !... Ah, dieu du ciel, quelle représentation ! Quels éclats de rire ! On a ri du mauvais style musical, on a ri des polissonneries et de l'orchestration bouffonne... Quant aux horreurs, on les a sifflées splendidement !... »

Schumann, l'illustre musicien, qui se croyait surtout un critique impeccable, a trouvé ce même Tannhäuser « bien trivial ». Il déplore le goût artistique de son époque, qui ose comparer les chefs d'oeuvre de l'art dramatique allemand avec les productions Wagnériennes « musique d'amateur, sans signification et d'un caractère rebutant » (lettres à Dorn, janvier 1846 et 1853).

Et le bon Liszt qui trouvait Schumann plutôt « indulgent dans ses articles ! ».

Mais continuons, la revue des jugements formulés par des esprits très distingués. Prosper Mérimée a écrit : « Il me semble que je pourrais composer quelque chose de semblable, en m'inspirant de mon chat marchant sur le clavier d'un piano ».

Paul de Saint-Victor signait cet arrêt dans la Presse : « Obscurité compacte et pesante. Vacarme discordant qui ne parvient qu'à dissimuler les plus grossiers fracas des tempêtes physiques ».

Le Figaro prononçait cette autre arrêt sous la signature de Jouvin : « C'est un infini grisâtre où l'on entend le morne claplotement des sept notes de la gamme qui tombent jusqu'à la fin de ta partition. »

Oscar Comettant avait donné cette formule lapidaire dans son journal l'Art Musical : « M. Wagner a cru faire une révolution: il n'a fait qu'une émeute ».

Enfin, comme conclusion, Auber,le compositeur à qui l'on a fait une réputation d'homme d'esprit dissait :

— Comme ce serait détestable, si c'était de la musique !

Manière forte et manière rosse, cela se pratique encore de nos jours, fort heureusement d'ailleurs pour les gens curieux qui, dans cinquante ans, feront la revision de nos jugements contemporains. " (pp. 15 et 16)

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