lundi 7 mai 2018

Le châtelain des nuées de Wim Gérard, un récit qui en 1964 osa appeler un chat un chat

Le romancier belge Wim Gérard publiait en 1964 aux Editions du Large à Bruxelles Le châtelain des nuées (Louis II de Bavière), un ouvrage de 192 pages fort audacieux pour l'époque puisqu'il osait aborder de front la question de l'homosexualité du souverain bavarois. Wim Gérard était venu lentement à Louis II de Bavière, le découvrant vers 1937 ou 1938 par la lecture d'un ouvrage de Hans Steinberger, le Romantiker auf dem Königsthrone. Comme Wim Gérard le dit lui-même, Steinberger, en quelque sorte, le poussa dans les bras de Louis, un roi "dont le prétendu secret ne se laissait que trop aisément percer:" Après la guerre, Wim Gérard découvrit la Tragédie fantastique de Desmond Chapman-Houston, qui évoquait l'homosexualité du roi plus clairement que ne l'avait fait Steinberger, chez qui elle n'apparaît qu'en filigrane.

Dans sa préface, Wim Gérard affirme " me rendre compte que j'aurais à entrer dans le vif du sujet, m'imposer par conséquent de montrer ce personnage dans sa vérité essentielle, de scruter ses bizarreries, y compris la principale, celle dont sans doute dérivaient toutes les autres... Voici ce projet réalisé, sans que j'ose me flatter d'avoir approché de bien près le but que je m'étais assigné. Dans mon effort de cerner davantage une silhouette célèbre, je n'ai pas cru devoir recourir à d'autres voiles que celui de la bienséance élémentaire, puisque. sur le fond, force m'était d'appeler chat un chat. l.a raison d'être de mon ouvrage était à ce prix."

"Louis II, n'en doutons pas, [poursuit Wim Gérard,] a couru le risque d'être rayé de l'Histoire au nom de l'orthodoxie générale des moeurs. Toutefois il existait un obstacle insurmontable à un tel escamotage: Louis II avait laissé un testament encombrant que l'on ne pouvait envisager de détruire. Il s'agit des châteaux qu'il a érigés et qui attirent par milliers les touristes. Aussi bien, en évoquant ce formidable Neuschwanstein haut perché et visible de loin, je ne puis m'empêcher de l'assimiler à quelque défi particulièrement ironique du Destin. L'homme qui le construisit était de ceux qui sont amenés à cacher le détail de leur vie privée et à fuir la société, et voici que par un singulier retour, ce nid d'aigle où il songea à abriter ses rêves insolites est devenu l'objet de mille curiosités, suscite sans cesse les mêmes questions et [pousse ] pour ainsi dire à parler interminablement de celui qui ne chercha jamais que la solitude et le secret."

A noter que Wim Gérard avait, dans un envoi autographe, dédicacé son ouvrage à André Baudry (1922-2018), le créateur de la revue homophile Arcadie. Cet exemplaire figure aujourd'hui dans le Fonds Baudry, conservé par la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, où il peut être consulté sur place. Marc Daniel, un collaborateur de la revue, y publia un article sur l'ouvrage de Gérard  en  juillet-août 1964 (Arcadie n°127-128, 11e année).

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